Prêts participatifs : n’oublions pas les petites entreprises

Opinion | Prêts participatifs : n’oublions pas les petites entreprises

Le gouvernement avance sur la création d’un dispositif de prêts participatifs de 20 milliards en soutien de la relance économique. Dans une tribune aux Echos, Germain Simoneau de la CPME propose une évolution du dispositif pour toucher les petites entreprises.

Bercy annonce un niveau de garantie de l’Etat sans précédent sur un instrument de quasi-fond propre, mais l’initiative pourrait manquer sa cible si nous nous contentons d’attendre. Le ministère de l’Economie et des Finances avance à grands pas sur la création d’un dispositif qui permettra aux banques et aux sociétés de gestion de distribuer 20 milliards de prêts participatifs en soutien de la relance des entreprises et de l’économie.

Tout le monde s’accorde sur l’objectif d’un tel mécanisme qui consistera à aider des entreprises affaiblies par la crise à rebondir et à investir en améliorant leur haut de bilan. A l’heure où les bilans dégradés de 2020 limiteront la capacité d’endettement des TPE-PME, les contraintes techniques et financières qui encadrent la construction de ces prêts participatifs pourraient conduire à l’élaboration d’un produit trop élitiste. Son accès serait alors de facto limité aux entreprises les mieux notées, qui peuvent pourtant disposer, par ailleurs, de solutions de financements alternatives sur les marchés bancaires ou privés.

Exercice d’équilibriste

Pour mieux appréhender les enjeux, rappelons que le niveau exceptionnellement élevé de la garantie de l’Etat, soit 35 % selon les dernières annonces, viendra créer un très fort effet de levier en constituant un amortisseur puissant pour le coût du risque. Ce niveau de protection doit aussi favoriser une notation financière des prêts participatifs mieux corrélée aux contraintes prudentielles des investisseurs. C’est important car les investisseurs institutionnels comme les assureurs ou les banques notamment, devront conserver une partie du risque des prêts distribués. De la même façon, la marge complémentaire dégagée grâce à ce fort niveau de garantie pourrait permettre d’optimiser le prix des financements pour les entreprises ou entraîner une plus grande prise de risque au bénéfice d’entreprises moins bien notées. Elle pourrait aussi compenser un coût de gestion interne plus onéreux pour les gestionnaires de ces produits, et ainsi ouvrir la voie à une distribution granulaire de plus petits prêts qui concerneraient un plus grand nombre de bénéficiaires. Il s’agit donc d’un exercice d’équilibriste propre à faire renoncer le meilleur alchimiste, le tout dans un contexte politique sous haute pression.

Ticket minimum

Prêts participatifs : les PME proposent de payer plus pour convaincre les investisseurs C’est bien aujourd’hui, à l’heure de la structuration du produit, qu’il faut arbitrer entre ces différentes options : un prix plus avantageux mais moins de risque ou un coût de gestion optimisé, mais moins de bénéficiaires ? Dans un contexte où les opportunités d’investissement se feront rares et où la liquidité reste abondante, la réponse pourrait peut-être se dessiner d’elle-même. Notamment si l’on considère que les entreprises qui disposeront du meilleur potentiel de rebond présenteront des perspectives de croissance suffisamment attractives pour motiver les investisseurs privés. Alors que dans le même temps, de plus petites entreprises, moins lisibles, moins bien outillées et moins bien informées verront leur accès au financement et leur capacité d’investissement se tendre comme jamais. Vu sous ce prisme, il est a minima indispensable que ces prêts participatifs puissent être accordés dans le cadre d’une analyse du risque qui surpondérera la cotation Banque de France 2019 des entreprises et aussi et surtout, leur capacité de rebond. De même, et si nous ne voulons pas exclure les entreprises de proximité, le ticket minimum devrait être fixé aux alentours de 250.000 euros ou 300.000.

Solidarité interentreprise

Enfin, en contribuant à hauteur de 35 % par sa garantie, l’Etat nous oblige et peut-être nous invite, nous entrepreneurs, à faire notre part en nous appropriant ce dispositif ! D’ailleurs, nous pourrions proposer de le faire évoluer pour y ajouter une notion de solidarité interentreprise et donner plus de puissance et d’effet au dispositif : Le taux des prêts participatifs sera composé d’un taux de base auquel s’ajoutera le taux de rémunération de la garantie de l’Etat, qui pourrait être modulé en fonction de la notation de l’entreprise. Pourquoi donc ne pas proposer d’ajouter à ce prix de base, une contribution complémentaire de solidarité (1,5 à 2 % par hypothèse) en contrepartie d’un élargissement des critères d’accessibilité ? Un tel effort de solidarité interentreprise qui amènerait les plus forts à soutenir les plus faibles, profiterait au plus grand nombre et surtout bénéficierait à tous car cela accélérerait notre relance et créerait un avantage compétitif certain pour notre économie !

Germain Simoneau est le président de la commission financement des entreprises de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

By |2021-01-04T14:44:25+00:00janvier 4th, 2021|Actualités, News|